Le blues mandingue d’Abou Diarra

Abou Diarra est un joueur de n’goni (harpe guitare malienne) au parcours atypique et étrange. Formé par un maître virtuose et aveugle, il a sillonné, pendant plusieurs mois, les routes d’Abidjan-Bamako-Conakry à pied, accompagné de son seul instrument. Traversant les villages les plus reculés d’Afrique de l’Ouest comme les mégalopoles modernes, il y a puisé tour à tour des sons cachés traditionnels et des musiques urbaines contemporaines. A la fois attaché aux traditions mandingues recueillies dans son pays natal, le Mali, et soucieux d’évolutions inédites, Abou Diarra attends patiemment que le temps soit venu, pour mobiliser toute sa créativité et transformer cet impératif en musique. Sa musique parle du voyage, de l’exil, du mouvement…

« J’ai voulu changer de chemin pour voir ce que ça donnerait. Pour les Européens et les Américains, les musiques d’Afrique de l’Ouest se ressemblent beaucoup, ce sont toujours les mêmes arrangements. Alors, j’ai réfléchi à ce que je voulais. Je n’ai pas décidé tout d’un coup. Chaque chose a son temps. Le temps n’était pas encore arrivé. Quand le temps est arrivé, je m’y suis mis.»

Abou Diarra compte parmi ces artistes rares qui ne s’engagent dans un nouveau projet qu’après y avoir été poussés par une nécessité intérieure profonde. Le nouvel album d’Abou Diarra, Koya, nommé ainsi pour rendre hommage à sa mère éponyme, s’inscrit dans la continuité d’une longue réflexion musicale en même temps qu’il emprunte de nouvelles directions. Pour la première fois, Abou se confronte aux tissages de samples de Nicolas Repac, à ses grooves plus electro, mais aussi au blues de l’harmoniciste Vincent Bucher. Pour autant, au kamele n’goni comme au chant, habilement soutenu par Toumani Diabaté et les musiciens du Donko Band, Abou Diarra ne s’écarte jamais d’une spiritualité musicale authentiquement malienne.

La ferveur d’Abou Diarra transparaît dans chaque note de cet album tout de richesse humble et entièrement à son image : une sincérité absolue, une pleine acceptation de la vie considérée comme un devenir constant, et surplombant le tout, le sentiment serein d’une harmonie supérieure.

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