Hommage à Jimi Hendrix, l’enfant-voodoo

Londres, 18 septembre 1970. Chambre 507, hôtel Samarkand. Jimi Hendrix épuisé : ombres de l’insomnie! Nuages, gros nuages. Mais au delà de ce ciel terre d’ombre, des couleurs; Hendrix voit des couleurs, les couleurs de l’extase, les couleurs de la valse des étoiles.

Londres, 18 septembre 1970. Chambre 507 de l’hôtel Samarkand. Jimi Hendrix est épuisé : il n’en peut plus. Quel que soit le flanc, le sommeil ne vient pas. Jimi Hendrix n’arrive pas à dormir. Il plane, plane dans un nuage de lumières. Par-delà la brume de ce ciel terre d’ombre, Hendrix voit des couleurs, les couleurs de l’extase, les couleurs de la danse des étoiles.

Rum, Rumpi et Lê. Habillez les tambours ! Habillez les tambours. Face au vent ou porté par la tempête, habillez les tambours. Levez le pas. Levez le pas. Nous avançons tous sur le chemin de l’existence, cherchant chacun l’essentiel : le bonheur; oui, le bonheur, n’est-ce pas ? Mais où se trouve niché ce précieux trésor ? Où ? Dans le nombre des années ? Ou alors dans l’intensité de l’instant ?

Rum, Rumpi et Lê. Habillez les tambours ! Saluez les tambours. Levez le pas ! Les yeux levés vers l’infini, levez le pas! Tournez ! Tournez ! Et Jimi Hendrix qui tourne, tourne dans sa chambre, la tête assaillie, submergée par un tourbillon de couleurs; Hendrix qui plane, plane refaisant, d’un bout à l’autre, le chemin de sa vie.

Rêve ou mirage? Revoici Seattle; oui, revoilà Seattle; Seattle, c’est ici d’où je viens. J’ai passé ici toutes mes tendres années à compter chaque heure, les étoiles dans les yeux de l’absence de ma mère, mère saccagée, mère perdue dans les affres de la picole. Et de bar en bar, un coup, un autre coup, encore un coup, un dernier, juste un tout dernier; et chaque jour mère, goutte après goutte, litre après litre, la vie en dérive, la vie en épaves sans retours. Et je cherchais, je cherchais en vain les mots qu’il faut, les mots magiques pour la retenir, pour l’empêcher de sombrer dans le néant. Et chaque dimanche au temple, j’implorais, j’implorais, dans ma silencieuse prière, j’implorais le Tout-Puissant : « Fasse Seigneur, fasse Seigneur que ma mère… Fasse que… Amen ! Amen ! »

La nuit où je suis né/ Seigneur, je jure que la lune a viré au rouge-feu/ Ma pauvre mère a crié : « Dieu, le gitan disait vrai ! »/ Et je l’ai vue tomber raide morte. / Alors les lions des montagnes m’ont trouvé là/Et ils m’ont posé sur l’aile d’un aigle/ Il m’a fait passer la frontière de l’infini/ En me ramenant, il m’a donné l’anneau magique de Venus. Vaudou ! Je suis un enfant vaudou.

Rum, Rumpi et Lê. Habillez les tambours ! Saluez les tambours ! Agoge, agogo ! Battez l’adarrum! Tournez ! Tournez ! Et Jimi Hendrix, aux lueurs de la nuit, qui tourne, vole, plane, plane comme en état où rien ne pèse, comme en apesanteur sur le temps qui se rétracte et dandine le geste lent, le temps marchant à rebours des saisons. Poussières d’étoiles, fragments de vie, et le commencement de l’aventure, et l’ukulélé et la première guitare, cadeaux de Dady Al Hendrix

Et les conseils de Dady Al : “ Joue, fils ; vas-y joue ! Joue, joue comme personne n’a jamais joué ! Joue et vise haut ! Toujours plus haut ! Et ne confond jamais talent et art. L’art se travaille. Répéter, répéter, répéter. De l’obstination, fils, de l’obstination ! Joue fils, joue des cordes comme Armstrong embouchant sa trompette, le souffle vaste et le plexus solaire amplement ouvert sur l’infini. Joue et souviens-toi : Armstrong fut aussi un sans-le-sou comme toi; Armstrong, on le voyait cueilleur de coton à vie; Armstrong, on le voyait cireur de pompes pour l’éternité, mais regarde là où il est aujourd’hui, fils ! Regarde là où il est: la terre entière résonne de son nom ! Joue, joue, fils et n’oublie pas, n’oublie jamais : on vient sur terre pour grandir ! N’oublie jamais tout est possible, tout est possible à qui sait rêver !”

Rêver ! Oui, Rêver, lever la tête et regarder les étoiles, embrasser le firmament, fouler le ciel d’autres terres et renaître; oui, renaître ailleurs, loin de ce monde et des ses misères; renaître avec un orchestre à tout-casser, un orchestre aux guitares déchainées, un orchestre au nom retentissant jusqu’aux cœurs des jungles en béton ! Renaître avec un orchestre transe, un orchestre transport, un orchestre vaudou! Oui, regardez-moi! Regardez-moi bien: qui-suis-je, sur cette planète-terre, sinon un enfant vaudou à la peau multiple jetée sur les routes de l’exode. Oui, honneur! Je suis Macumba ! Oui, honneur ! Je suis Yoruba ! Honneur ! Honneur ! Je suis Cherokee! Oui, Cherokee aussi! Cherokee comme le sang massacré. Honneur! Honneur! Habillez les tambours ! Saluez les tambours! Je suis un enfant Vaudou bleu noir, blanc rouge, vert sève de la vie. Oui, j’embrasse toutes les couleurs de l’univers ; et je les brandis haut, bien haut comme un étendard affirmant sur mon front la fraternité universelle. Honneur ! Honneur! Je suis un enfant vaudou !

Go, go, go Johnny go ! Go Johnny go ! Go Johnny go ! Dans les profondeurs de la Louisiane, près de la Nouvelle-Orléans/ En descendant les bois, parmi les arbres/ se dresse une cabane taillée dans un tronc, faite de bois et de terre/ Où vit un garçon campagnard nommé Johnny B Goode/ Sa mère lui a dit : « un jour tu seras un homme/ Tu seras le leader d’un grand vieux groupe/ Beaucoup de gens, venant de très loin/ T’entendront jouer ta musique au coucher du soleil/ Peut-être qu’un jour ton nom serra en lettres luminescentes

Rum, Rumpi et Lê. Habillez les tambours ! Saluez les tambours ! Agoge, agogo ! Battez l’adarrum! Tournez ! Tournez! Et Jimi Hendrix qui tourne, tourne, les bras ondoyants dessinant des spirales sur les dunes célestes baignées par l’incandescence de coulées de lumières. Eclair de Sam Cooke! Yes, Sam Cooke – oh ! Glory alleluia ! Sam Cooke! Sam Cooke faisant gémir, crier, hurler les filles; éclair, traits lumineux de Sam Cooke; le pied à l’étrier chez Sam Cooke, le décollage chez Sam Cooke, et ensuite la verticale absolue chez Little Richard : la scène, les projecteurs, la respiration du public, l’explosion! Boum, boum, boum, jouer des sonorités venant de nulle part; boum, boum, boum, repousser les limites; boum, boum, boum, faire chavirer l’Est, faire chavirer l’Ouest; boum, boum, boum, improviser et dire quelque chose de l’incertitude de la vie, dire quelque chose du mystère de la vie, dire quelque chose de ce mystère qui nous mène vers d’autres horizons; boum, boum, boum, et que le public chavire; et que le public vibre! Et le public qui crie, et le public qui hurle : « Le guitariste ! My man, le solo du guitariste ! Le guitariste ! Good lord, ce gamin est un tueur; un vrai tueur ! Un vrai de vrai ! Quel est son nom ? Jimi ? Jimi comment ? Jimi Hendrix. Oh! Good lord, c’est un saphir! Ce gamin est un saphir! »

Go, go, go Johnny go ! Go Johnny go ! Go Johnny go ! Un jour tu seras un homme/ Tu seras le leader d’un grand vieux groupe/ Beaucoup de gens, venant de très loin/ T’entendront jouer ta musique au coucher du soleil/ Peut-être qu’un jour ton nom serra en lettres luminescentes

Boum, boum, boum… Hey toi-là, doucement ! La voix sèche, la voix, le feu éclatant de Little Richard; l’éclat de Little Richard, Little Richard les cheveux dressés, la jalousie déchaînée : Hey, mon petit gars, mais qu’est-ce que tu cherches ? Tu veux ma mort ? Mais … Alors pourquoi tu joues ainsi ? Mais c’est pour toi, c’est pour t’aider… Pour m’aider ? Est-ce que je t’ai demandé, moi King Richard ; est-ce que je t’ai demandé de m’aider ? Pourquoi est-ce que, à ton avis, je t’ai fait venir ici ? Et les hot dogs, et mon whisky ? Oui, les litres de mon whisky ? Mon gin ? Mon rhum ? Pourquoi King Richard t’a-t-il donné ta chance ? Pour que tu lui fasses de l’ombre ? Pour que tu me fasses de l’ombre ? Hein, qu’est-ce que tu veux, mec ? Hein ? Qu’est-ce-que tu cherches? Etre Staaar ! Tu veux être staaar ? Rayonner ? Briller ? Etre Staar aussi ? Star comme moi ; moi, King Richard ? Et bien je vais te dire une chose, young boy : ici il n’y a qu’une seule Staar, une seule étoile ici! Et c’est Moi ! Moi ! Moi ! A l’heure du show, l’étoile des étoiles dans la voute céleste, c’est moi ! » La voix sèche de Little Richard, ondes négatives et le blues, le blues qui pleure la nuit : « Je suis dans la panade depuis longtemps que je ne m’en soucie plus. When it thunders and lightining, and the wind begin to blow/There’s thousands of people, ain’t go no place to go/ Quand il fait du tonnerre et des éclairs et que le vent se met à souffler/ Il y a des milliers de gens qui n’ont pas d’endroit où aller. »

Rum, Rumpi et Lê : procession des tambours. Agoge, agogo ! Saluez les tambours! Tournez, tournez avant que la nuit ne sombre; tournez, tournez battez l’adarrum : les tambours parlent la nuit et lorsque les tambours, en manteau de nuit, parlent ainsi, les poussières des anciens clignotant dans les cieux, sortent du creux des saisons et paradent annonçant les routes à parcourir et les mondes à conquérir : « Non, ne te lamente pas, Jimi ; laisse les lamentations à W C Handy, Jimi. Oui, ne te lamente pas : il faut rire, Jimi ; oui, rire, hé, hé, hé ! Rire, rire à gorges déployées car la douleur porteuse d’agonie sera bientôt muselée dans l’épaisseur des jours qui ne sont pas encore advenus. Oui, il faut rire, car tu es né pour vaincre la gravité et explorer l’espace ; et rien, rien ni personne ne pourra t’arrêter dans ta quête spatiale. Alors, Jimi, plie bagages, prends ta guitare et New York, Jimi! Les promesses de la lumière sont du côté de New York ! Met le cap sur New York ! Oui, New York City. Si tu veux devenir l’astre dominant, l’astre attracteur, alors file vers New York ! Cours, vole vers New York, zénith de la lumière ! Et que ton art triomphe là-bas ! L’esprit du triomphe Jimi, l’esprit du triomphe ! N’oublie pas : avec le pouvoir de l’âme tout est possible ! »

I’ve been dogged and mistreated till I done made up my mind/ Gotta leave this old country, and my trouble behind/ J’ai été traqué, j’ai été maltraité jusqu’au jour où je me suis décidé/ Je vais quitter ce vieux pays et derrière moi tous mes ennuis

New York! New York, black, brown et beige; New-York dance-floor, swing et lumières déployées entre deux tours tournés vers des hauteurs lointaines ; New York, New York, to be bop or not to be, les pieds montés sur de grosses semelles donnant la cadence au monde ; New York, New York et la 125ème rue, et le Mississipi, et Alabama, et Georgia et Chicago débarquant des trains Jim Crow et déballant leurs affaires, toutes leurs affaires à Harlem. Harlem, yes Harlem et le cœur de Harlem, cymbales et tambours de Max Roach réinterprétant le temps : « Vis, vis vite si tu veux vivre frère ! »; Harlem et l’esprit de Harlem, claviers de Duke et de Count free jazz à l’horizon : « Vis, vis vite, frère, si tu veux vivre, la vie a un prix élevé ici, vis vite ! »; Harlem et l’âme de Harlem, contrebasse de Mingus, tempo du jour : « Vis, vis vite, frère si tu veux vivre ; vis vite comme si tu devais repartir demain, frère, vis vite ! » ; Harlem et les poumons de Harlem, trompette de Louis, Louis Armstrong, le souffle bleu : « Vis, vis vite, frère, car it’s a wonderful world ; vis, vite frère ! »; Harlem et la poitrine de Harlem, guitare et solos… Guitares et solos… Et cette voix, cette voix : « Si tu veux devenir l’astre dominant, Jimi ; saisis-toi vite, presto de l’horizon… Vis vite, Jimi ! Vis vite car le temps de la vie est compté. Vis, vis vite ; il t’appartient de vivre mille ans en dix saisons. »

New York, New York et Greenwich village, cité Bohème au jazz en session free. Greenwich village et les premières sessions au Café Wha? et le bruit qui commence à courir, et la rumeur qui enfle : « Il se passe quelque chose au Café Wha ?! Il se passe quelque chose là-bas, les gars ! » « Et quoi donc ? » « Un guitariste ! » « Quoi ? » « Oui, il y a en ce moment, au Café Wha ?, un guitariste venu d’une autre planète. Ne vous attardez pas sur sa coupe de cheveux ; elle est étrange, vraiment bizarre ! Tout aussi bizarre, d’ailleurs, son accoutrement ! » « Comment ? » « Le gars ne porte ni costard ni cravate ! » « Ni cravate ? Et qu’est-ce qu’il porte donc ? Un cache-sexe ? » « Une veste bizarre à franges interminables et des bijoux tout aussi étranges ! » « Freak ! C’est un Freak ! » « Oui, son look est un peu déjanté ! Mais les gars… le son… Ce gars joue de la guitare comme on n’en a jamais joué. Il se passe quelque chose du côté du Café Wha ?, les gars. Il se passe un truc !» Et le bruit qui court et la critique qui court tout aussi vite ; la critique qui ricane : « Wah-wah-wah ! Soyons sérieux ! Ne confondons pas originalité et génie ! Wah-wah-wah ! La vérité est que ce type ne sait même pas lire la musique ! Wah-wah-wah ! C’est du n’importe quoi! Et en plus il parait qu’il fume des choses bizarres ! » Ainsi le veut la loi des hommes : qui monte doit être descendu !

White collar conservative flashin down the street/ pointing their plastic finger at me, ha ! Les conservateurs « cols blancs » se la jouent dans la rue/ Ils me pointent de leur doigt en plastique, ha ! Ils espèrent que bientôt mon espèce va disparaître et mourir mais oh/ Je vais brandir ma bannière de marginal bien haut, bien haut ! Oww/ La brandir, la brandir/ Ah, ha, ha/ Y aurait pas quelqu’un qui sait de quoi je parle/ Je dois vivre ma propre vie/ Je suis celui qui mourra quand ce sera mon heure de mourir/ Alors laissez-moi vivre ma vie comme je le veux/ Ouais, chante mon frère, joue batteur !

Rum, Rumpi et Lê. Habillez les tambours ! Agoge, agogo ! Habillez les tambours ! Saluez les tambours ! Tournez ! Tournez l’envie aventureuse d’un autre monde à conquérir en vague irrésistible; tournez, tournez et mêlés au vent de la postérité que l’éternité se souvienne de vous. Et Hendrix qui tourne, Hendrix qui flotte, plane comme un disque dilaté libéré de la lourdeur des choses terrestres ; et Hendrix qui tourne submergé par des voix dessinant sur le visage des cités lointaines des jours clignotants de gloire….

Hullo Jimi, je m’appelle Chas Chandler ! Je viens de Londres. Je suis producteur. Enchanté. Ravi de faire votre connaissance. On peut se tutoyer ? J’avais déjà entendu parler de vous mais là je suis époustouflé parce que j’ai vu et entendu ce soir ! On peut se tutoyer Chas. Jimi, il y a dans ta musique des rayons venus d’autres planètes, des pétales électroniques, des miracles. Merci… Merci… Que tu es aimable. Jimi, tu es le prophète de la musique de demain et l’Amérique ne te voit pas ! L’Amérique a des yeux mais elle ne voit pas ; l’Amérique a des oreilles mais elle n’entend pas ! Il faut partir d’ici, Jimi ; il faut aller voir ailleurs. Tu es au pays des aveugles et des sourds, Jimi. Viens avec moi à Londres et j’en suis certain, le monde entier se mettra en route pour venir t’écouter. Viens à Londres, Jimi. Viens avec moi à Londres.

Londres, cités bloc en cristaux, cités fluorescences Babels aux arbres rouillés, et Big Ben qui bat, qui bat, qui bat! Ladys and gentlemen, from Seattle, Washington… Me voilà sur scène… Ladys and gentlemen… Et ces lumières, toutes ces lumières ; et cette foule en procession, cette foule en délire ! Ladys and gentlemen, sa musique est une célébration de la vie… un appel à la réjouissance ! Ladys and gentlemen… A moi de jouer : le manche en main, allumer la terre comme on allume la peau d’un ventre ! Oui, le son doit pénétrer le corps ; le son doit pénétrer l’âme. Ladys and gentlemen, oui, sa musique nous convie à la réjouissance ! Me voilà sur scène : je suis le feu; je suis la vitalité; je suis le flamboyant. Ladies and gentlemen, from Seattle, Washington please welcome… The one and only… Jimi Hendrix… Jimi Hendrix experience… Bonsoir à tous ! Bonsoir à toi, bonsoir à toi et à toi. Merci à tous d’être venu ce soir ! Vous me rendez heureux. Je suis un homme heureux. Et quand je dis heureux, je veux dire très heureux. Et vous ? Etes-vous heureux ? J’espère que oui ! Car vous savez il n’est pas nécessaire d’attendre dix mille ans pour être heureux! Pas besoin d’attendre l’invention d’un élixir magique pour être heureux! On peut être heureux là, là tout de suite !

« Hey Joe, où est-ce que tu t’enfuis là ? Je m’en vais vers le Sud. Là-bas, je pourrai être libre. Et personne n’ira m’y chercher! »

Rum, Rumpi et Lê. Saluez les tambours, les yeux levés vers les étoiles, levez le pas! Le corps dans la légèreté azurée, la vie dans le feu du désir rayonnant de couleurs, la chevauchée sauvage soufflant le désir de la vie, loin, bien loin de tout ce qui tire vers le bas, tournez, tournez : Hendrix, Hendrix désormais une trace lumineuse. “Mesdames et Messieurs, nous avons l’immense honneur de recevoir aujourd’hui dans nos studios, un immense artiste ; un guitariste exceptionnel. The one and only… Jimi Hendrix ! Merci Jimi Hendrix d’avoir accepté notre invitation. Il y a quelques années vous étiez encore un inconnu et vous voilà aujourd’hui star adulée ! Quel effet cela vous fait-il d’être ainsi applaudi et salué par tous les critiques ? Je pense ici notamment aux récents titres des journaux qui vous qualifient, je cite, de « guitariste exceptionnel », de « génie de première grandeur », de « lumière capable d’éblouir la lumière même ! » Les compliments ? Les éloges ? Cela ne m’intéresse vraiment pas. J’ai toujours refusé la tyrannie des miroirs ; les miroirs sont parfois déformants, vous savez ! Moi, je suis un peu comme les hounsi et les hougans : je marche le dos tourné aux miroirs. « Etes-vous conscient quand même que vous êtes le guitariste le plus doué de votre génération ? » Plus doué que qui ? La rivalité ne m’intéresse pas ! Je ne cherche ni à égaler, ni à dépasser qui que ce soit. Je joue pour le plaisir ! « Comment vous définiriez-vous ? » Je suis un explorateur des signes, un explorateur de l’espace. « Et quel est votre prochain objectif ? La lune ? » La lune ? Aller sur la lune ? La lune ne m’a jamais branché. Je préférerai marcher sur Saturne ou Venus, ou un truc de ce genre, un endroit avec des paysages !

Rum, Rumpi et Lê. Saluez les tambours ! Tournez, tournez, l’énergie convulsive ondulant sur la voute céleste, les riffs de guitares sauvages dessinant des courbes félines aux chaudes promesses, tournez, tournez, Jimi Hendrix, la lumière en fusion, la couronne scintillante, est désormais une étoile éclairant l’infini. Finies les galères et bonjour les longues limousines aux vitres fumées et les Little Miss Lover. « Jimiiiiiii ! Oh, my god ! Jimiiiii ! La grâce ! Jimi est l’incarnation de la grâce! Il a la beauté d’un dieu ! Un autographe Jimi ! Jimi, je ne rêve que d’une seule chose : partager les confidences de ton parfum, me réveiller odorante de la sueur de ta peau ! Rien qu’une fois, une seule fois, Jimi ! Un autographe Jimi ! Un autographe ! Et si tu veux, Jimi, jusqu’au petit matin ! Jusqu’au petit matin, Jimi ! » Ca tombe bien Lady, j’ai quelque chose à vous dire mais vous allez rire et vous moquez de moi : je voudrais vous dire quelque chose Lady mais à l’oreille ! Ah! Les baisers! Ah, les amours! O les amours ! Les amours d’un quart d’heure ; les amours de quelques saisons ; les amours chuchotant ; les amours gémissants ; les amours, les amours… Diana, Carol, Rosa Lee, Faryne, Carmen, Kathy, Monika Dannemann… Les amours brunes, les amours blacks, les amours blondes, les amours brown ; les hanches houleuses, les nombrils en éclat, grâces et charmes déployées en cercles d’étoiles, la connivence torride, le plaisir haletant jusqu’au bout de la nuit d’extases en extases. Hey! Les Foxy Ladies!

Sexy Lady/ Je n’ai qu’un désir brulant, laisse-moi me tenir près de ton feu/ Je vais te prendre à la maison, uh-huh, ouais/ Je ne vais pas te faire du mal, non, ha/ Maintenant uh, Je te vois, he he en bas sur la scène/ Oh rusée/ Tu me donnes envie de me lever et de crier Foxy Lady.

Rum, Rumpi et Lê. Agoge, agogo ! Saluez ! Saluez les tambours ! Tournez ! Tournez! Tournez la cadence-horizon aspirée vers le lieu fécond courant les sources des premières existences. « Vous êtes toujours à l’écoute de AB, votre radio musicale number one. Comme annoncé lors de notre dernier flash, nous vous confirmons le retour de Jimi Hendrix aux States. Son avion devrait atterrir dans quelques instants ! »

Amérique, me revoici, donc. Yes, je suis l’homme des retours! « Oui chers auditeurs, chers mélomanes, le désormais célèbre guitariste de Seattle est de retour pour une série de concerts. Il a été accueilli à l’aéroport par une foule de fans en délire. » Me revoici Amérique, me revoici ! « Tous les concerts de Jimi Hendrix affichent déjà complets. Selon son nouveau manager, d’autres dates devraient prochainement être rajoutées au calendrier du musicien pour pouvoir satisfaire tous ses fans. »

Me revoici de retour, Amérique. Me revoici! Sur les routes du monde, travaillant l’espace et les couleurs, je suis devenu l’homme qui joue pour griffer les limites de l’inconnu ; je suis devenu l’homme dragueur impénitent de l’inaccessible ! Me revoici, Amérique ; la guitare tendue comme la brise ! Je t’enflammerai la peau, Amérique ; je t’enflammerai la peau d’un feu brulant. Entre Venus et Saturne, je te ferai onduler et vibrer jusqu’aux flamboyants soupirs. Et tu gémiras, tu gémiras Amérique; et tu trembleras, ivre de vie et d’allégresse. Oui, dans ta gorge retentiront les cris de ma guitare et tu m’en redemanderas encore et encore. Et je dessinerai sur ton visage, Amérique, je dessinerai toutes les couleurs des délices inconnus !

Seattle. De nouveau Seattle. Revoici Seattle. Seattle et Daddy Al. Daddy Al comme avant; Dady Al et ses rêves : “tout est possible!; oui, tout est possible à qui sait rêver !” Me revoici père, me revoici là d’où je suis parti. « Bienvenu Fils ! » Nul ne peut fuir son passé. Même lorsqu’il est crevasse, fente, dépression. Me revoici Père: Je suis l’homme des retours. « Te voilà maintenant chez toi près des étoiles, fils ! Te voilà rêve flottant sur le monde ! Mais es-tu heureux, fils ? Es-tu heureux?» Que dire ? La vie drapée d’ombres et de lumières, côtoyant les dieux et la fortune; j’ai vu, entendu et vécu. « Te voilà tête couronnée mais à trop courir ne perds pas tes forces. » Ce n’est pas tant de forces dont j’ai besoin, Père. « De quoi d’autre donc? » J’aurais voulu que Mère soit là ; j’aurais voulu qu’elle soit là pour me tenir dans ses bras et qu’elle me berce, et qu’elle me berce, qu’elle me berce. Tu sais Dady, il m’arrive parfois lorsque le désarroi me tient par le col, d’entendre sa voix dans chaque ombre qui bouge; sa voix, cette voix qui me dit : « Parle, Jimi, vas-y dis quelque chose; dis quelque chose au monde. Dis quelque des temps passés et des temps présents ; dis quelque chose de nos rêves avortés. Dis quelque chose avec ta musique. » Cette voix, sa voix qui me dit : « Regarde-moi, Jimi ; c’est moi ; c’est moi.» « Fils, l’oubli de la mort est la condition de la vie. » Oui, mais est-il dans le pouvoir des hommes d’abolir les béances du passé ? Je porte l’absence de Mère comme une écharde sous la peau et c’est ainsi à chaque poussée de solitude, la nostalgie retrace les larmes de mon enfance, Père.

La nuit où je suis né/ Seigneur, je jure que la lune a viré au rouge-feu/ Ma pauvre mère a crié : « Dieu, le gitan disait vrai ! »/ Et je l’ai vue tomber raide morte. / Alors les lions des montagnes m’ont trouvé là/Et ils m’ont posé sur l’aile d’un aigle/ Il m’a fait passer la frontière de l’infini/ En me ramenant, il m’a donné l’anneau magique de Venus. Vaudou ! Je suis un enfant vaudou.

Rum, Rumpi et Lê. Agoge, agogo ! Habillez les tambours ! Saluez les tambours ! Tournez ! Tournez ! Et Jimi Hendrix qui tourne, observant le globe tourmenté du haut de son orbite. Etranges visions. Et JFK assassiné ; et King assassiné, et Brooklyn Bedford-Stuyvesant, Rochester, Watt, Sacramento, Omaha, Cleveland, Chicago, Newark, Detroit, et les ghettos qui s’enflamment, et les sirènes qui hurlent, et les chiens qui gueulent, et les tireurs d’élite perchés sur les toits, et les parachutistes dans les rues … Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Parce que … « Rouges tous ces Negros qui manifestent, rouges aussi leurs copains Blancs, rouge tout le monde. » Et pourquoi, pourquoi tous ces mensonges ? Et la liberté? La liberté pour les Nègres. La liberté pour les Chicanos. La liberté pour les Cherokee. La liberté pour les femmes. La liberté … La liberté… Woodstock. Oui, Woodstock, yes Woodstock! Woodstock et les pattes d’éléphants, Woodstock et les jupes gitanes, Woodstock et les crinières à l’infinie, Woodstock et les touffes afros ; Woodstock, oui, Woodstock, l’audace ludique, l’audace extravagante, éclatante, retentissante jusqu’au fond du vertige; Woodstock, le temps de toutes les libertés! Woodstock. Woodstock et Jimi Hendrix le Voodoo chile, le solo ravageur, la guitare hurlant comme une pluie de rouille saignant les rizières jusqu’à la lune par-dessus le Mékong.

« Mais… Monsieur Hendrix pourquoi cette provocation ? » Quelle provocation ? « Cette façon, cette manière de jouer de l’hymne national… »
Je ne sais pas. « Vous ne savez pas ? » Tout ce que je sais c’est que je suis américain; tout ce que je sais c’est que ce pays est celui de mes parents, de mes grands-parents, des mes arrières, arrières grands-parents. Tout ce que je sais c’est que des champs de coton aux machines de Detroit, j’ai contribué à faire grandir ce pays. Tout ce que je sais c’est qu’on m’a toujours fait chanter cet hymne, à l’école. « Alors ? » Alors c’était un flash back, vous voyez (rires)… « Disons les choses clairement, Monsieur Hendrix : seriez-vous contre la guerre. » La guerre est une obscénité. « Vous êtes donc un de ces adeptes de la désobéissance civile ? » Je ne suis pas venu sur cette terre pour porter des fleurs aux Jaguars. « Mais le respect de la loi Monsieur Hendrix? Qu’est-ce que vous faites du respect de la loi ? » Il y a deux sortes de lois, disait le King : les lois justes et les lois injustes. Je suis le premier à préconiser l’obéissance aux lois justes, ajouta King ; c’est une responsabilité morale aussi bien que légale. Or cette même responsabilité nous commande inversement de désobéir aux lois injustes. Yeah, je suis d’accord avec le King : le mal pour la société c’est l’obéissance aveugle et non la désobéissance. C’est la docilité des hommes qui pose problème ; c’est du conformisme des hommes qui pose problème. « Vous rêvez de changer les choses ? » Les artistes sont là pour questionner l’ordre. Tout ordre. « Pensez-vous vraiment qu’il est possible de changer le monde ? » Nous nous condamnons à ce monde lorsque nous nous levons chaque matin en nous disant qu’il est impossible de changer les choses. « Mais quel est votre projet ? Votre programme ? » Pas besoin de projet, pas besoin de programme pour quitter ce monde et commencer à construire un autre monde. Il suffit de se mettre à vivre, tout simplement vivre, vivre vite, vivre vite pour vivre longtemps. « Revenons à la musique, une partie des critiques affirme que vous êtes un rockeur… » Ah ! le Rock, man ! Le rock, transcendance de l’espace, ouverture des valves de l’inconscient; le rock, man, ça c’est de la musique. « Monsieur Hendrix, ma question est la suivante : une partie des critiques affirme que vous êtes un rockeur et l’autre partie, un bluesman. Comment vous situez-vous par rapport au blues et au rock ? » Je joue ce qui me plait : la musique doit être plaisir et allégresse. « Alors blues ou rock? » Blues et rock. Tantôt le blues, tantôt le rock, tantôt le rock et le blues. Mélanger les genres; abolir les frontières. Tantôt le rock ; tantôt le blues. Tantôt le rock et le blues. « Et qu’est-ce le blues pour vous ? » Le blues ? Les coups, les coups qui font mal ; les coups et l’odeur du coton et l’enfer des plantations ; les coups, les coups de la misère, les coups de la solitude. Et puis chanter, chanter, même au fond du trou, chanter pour exorciser l’enfer de la vie… Le blues, le blues, man, le blues.

There is a red house over yonder/ that’s where my baby stays… Il y a une maison rouge là-bas/ C’est là où vit mon Bébé/ Seigneur, il y a une maison rouge là-bas/ Seigneur, c’est là où vit mon Bébé/ Je ne suis pas revenu à la maison voir mon Bébé/ depuis 99 jours et demi./ Attends une minute, y a quelque chose qui ne va pas ici/ la clé ne veut pas ouvrir cette porte/ Seigneur prends pitié, cette clé ne veut pas ouvrir cette porte, y a quelque chose qui ne va pas ici/ J’ai le mauvais pré-sentiment que mon Bébé ne vit plus ici/ Eh bien, je pourrais aussi bien retourner là-bas/ revenir sur la colline ca serait à faire/ Seigneur, je pourrais aussi bien retourner là-bas/ revenir sur la colline/ Parce que si mon Bébé ne m’aime plus/ Je sais que sa sœur m’aimera.

Rum, Rumpi et Lê. Saluez les tambours ! Saluez les tambours ! Tournez ! Tournez vers les profondeurs éloignées tels les rayons féconds d’un astre valsant dans l’espace infini le désir de la vie face à la pendule des saisons! « Jimi vous êtes maintenant une star ; une méga star ! Quatre années, quatre albums qui s’arrachent comme des petits pains ! Bravo ! Mais ne vous arrêtez pas en si bon chemin ! Ca serait une grossière erreur ! Du gâchis!» Que voulez-vous dire ? « Il est temps de sortir un nouvel album. Auriez-vous déjà une idée ? » Une idée ? Beaucoup d’idées ! J’ai encore beaucoup de choses à dire. Des choses nouvelles, des choses jamais dites. « Oui, mais concrètement. Soyons concrets. » Jouer avec Miles par exemple. Oui avec Miles. Au-delà du réel, peindre avec Miles tantôt la lune, tantôt le soleil ; tantôt le désir, tantôt le chaos. Le son vif, le son en distorsion, le son nouveau, réaliser l’unité entre le rythme et la vie, confondre la vie et la musique. « Monsieur Hendrix, je ne vous parle pas de peinture mais de musique. » La musique, la peinture ? Je suis venu sur terre pour alimenter la musique en vagues luminescentes. La musique, voyez-vous, c’est de la lumière. « Monsieur Hendrix, je veux quelque chose de concret, quelque chose de commercial, quelque chose qui se vend. Un produit. » Etre un produit qui se vend ? Poser au type à la mode ? Feindre en somme d’être ce que je ne suis pas? Jamais. Ma mission est de créer pour rendre témoignage à la vérité. « Penses à ta carrière. » Je me fous complètement de ma carrière. Ma musique est résonnance des fréquences de l’imagination. Je suis un explorateur et rien ne pourra m’arrêter dans mon désir d’explorer l’espace… «Je vois, je vois : imprévisible… » Si vous voulez ! Je suis là pour créer. « Et moi je suis là pour faire des affaires ! Je suis un businessman. Et ce qui compte pour moi, c’est la réalité et non l’imagination. » Et quelle est donc la différence entre la réalité et l’imagination ? « L’imagination, l’imaginaire, si vous voulez, est insaisissable ; la réalité, elle, elle est palpable. La réalité, vois-tu, est tangible ; la réalité est ce quelque chose de plus fort que nos désirs, de plus fort que nos rêves. Elle est maître de tout ; la réalité ce sont les livres de compte, la comptabilité, la monnaie, les dollars à ramasser. Ce qui compte, Jimi, ce sont les dollars à ramasser. » La fortune n’est pas ma raison d’être. Je ne joue pas pour faire fortune. « Il faut être réaliste ! » La réalité c’est notre vision du monde. C’est le rêve qui crée la réalité. « Fais ce que je te demande, Jimi, sinon… » Je ferai ce que j’ai envie de faire ; je serai celui que j’ai envie d’être ! « Fais ce que je te dis, sinon… » Sinon ? « Sinon, il y a des hommes qui valent plus morts que vivants ! Ha ! Ha ! Ha ! »
Les tourbillons de la célébrité! Les eaux de la célébrité sont peuplées de crocodiles mangeurs de viande humaine. Nuit de stars, bâillement de crocodiles et solitude. Jimi Hendrix, seul. Hendrix seul. Que faire ? Et Hendrix qui décroche le téléphone et compose le numéro de Chandler. Hendrix qui appelle Chandler, Chandler son pote. Et le téléphone qui sonne, sonne. Vas-y Chandler décroche, décroche… Le téléphone de Chandler qui sonne, sonne dans le vide. Répondeur. La voix de Chandler : « Je ne suis pas là pour l’instant. Veillez laissez votre message. Je vous rappellerai dès que possible. » Hendrix, l’esprit enroulé, embrouillé, qui laisse un message: «I need help bad man. I need help. J’ai besoin d’aide, j’ai besoin d’aide. Je serai bientôt à Londres. Je suis l’homme des retours. »

Angel came down/ Un Ange est descendu / Du Paradis hier / L’est restée juste assez longtemps / Pour me sauver… / Aujourd’hui est le jour de ton ascension / Prends ma main, tu va être mon esprit / Et elle m’emmena haut par delà / Alors j’ai dit « Vole mon doux Ange / Vole parmi les cieux/ Demain je serrai à tes cotés…  »

Rum, Rumpi et Lê. Saluez les tambours ! Saluez les tambours ! Tournez ! Tournez, éphémères habitants de l’univers, tournez. Londres, septembre 1970. « Après quelques mois passés aux Etats Unis, Jimi Hendrix est de retour à Londres pour une série de concert. Voici l’interview qu’il a bien voulu nous accorder aujourd’hui. Beaucoup de choses ont été dites sur vous, Jimi. On dit que vous êtes un tombeur, un sexe symbole, que vous êtes l’incarnation de l’amour, de la volupté, du désir, de la passion ? Quelle est la vérité ? La vraie vérité dans tout ça? » La vérité est que nous sommes tous nés un jour, et que le temps d’un clic, nous ne serons plus là le jour venu. Nous aurons été et nous ne serons plus. Ce jour-là, il faudra alors avoir vécu. Avoir aimé. Avoir aimé malgré les blessures et les vanités. N’ayez pas peur de l’amour. Croyez-moi, l’immortalité est dans l’amour. Oui, l’immortalité est dans l’amour. Celui qui refuse l’amour refuse la liberté et l’immortalité. Je crois en l’amour ; l’amour est ma seule religion. Bonne nuit vaste univers, bonne nuit.

Scuse-me while I kiss the sky/ Excuse-moi pendant que j’embrasse le ciel/ Une brume violette tout autour/ Je ne sais pas si je monte ou je descends/ Suis-je heureux ou misérable ?/ Peu importe ce que c’est, cette fille m’a jeté un sort.

Londres, 18 septembre 1970. Chambre 507, hôtel Samarkand. Jimi Hendrix épuisé : ombres de l’insomnie! Nuages, gros nuages. Mais au delà de ce ciel terre d’ombre, des couleurs; Hendrix voit des couleurs, les couleurs de l’extase, les couleurs de la valse des étoiles. Sa vie vient des ces étoiles-là, il a vécu fort de leur énergie. Sa respiration est faite de leur souffle. Un jour, se dit-il, une autre étoile apparaitra dans l’univers. Un jour. Mais ce jour-là qui se souviendra encore de moi ? Qui se souviendra de Supro, la blanche, de Danelectro, la rouge, de Ky, d’Epiphone, de Stratocaster la blanche, de Stratacoster la noire, de Goya, l’italienne, de Gretsch la rouge cerise, de Flying ? Qui se souviendra d’elles ? Les courbes carrées, cintrées ou rondes, le corps lisse ou en écaille de tortue, les cordes tendues et retendues, le cri moelleux, limpide, grave ou aigu, elles ont partagé ma respiration, partagé mes émois, partagé mes remords. Qui se souviendra d’elles ? Qui se souviendra de moi ? Qui se souviendra de mes guitares ?

Et Jimi Hendrix, les yeux hagards, qui tend le bras. Et les mains de Hendrix qui tremblent. Dormir ne plus penser à rien. « Non ne fais pas ça Jimi. Ne fais pas ça. N’oublie pas ton chemin : « J’ai l’intention de former un orchestre symphonique avec douze violons et trois joueurs de harpe et nous peindrons des tableaux sur l’univers. » Hendrix tend le bras. Dormir ne plus penser à rien. Le salut. Le sommeil. Neuf. Neuf est un chiffre parfois béni, parfois maudit. Neuf, neuf cachets. Le salut, le sommeil ? Hé Monika Dannemann! Réveille-le Monika Dannemann … Réveille-le. Si un mec s’endort ainsi ; il faut le réveiller, Monika Dannemann; il faut le garder réveillé. Si tu le laisses s’endormir, il part pour le sommeil eternel. Réveille-le Monika. Réveille-le.

« Hullo ? Hullo ? Y’a-t-il quelqu’un ici? C’est le service des urgences. Une femme nous a appelés. C’est bien la chambre 507, non ? Tu as vu toutes ces guitares ? C’est sans doute un musicien. Hullo ? C’est le service des urgences. » Le sommeil. Le vide, le néant. A vingt-sept ans. Comme une étoile filante. Comme une de ces étoiles filantes qui brillent d’un coup, d’un seul coup, d’un éclat majestueux, d’une beauté indicible et qui soudain, s’en vont vers d’autres horizons. Mais où vont les étoiles lorsqu’elles s’en vont ainsi derrière les nuages? Où vont-elles? Personne ne sait. Rum, Rumpi et Lê. Habillez les tambours ! Agoge, agogo ! Habillez les tambours ! Saluez les tambours ! Tournez ! Tournez !

I want to say one more last thing…/ Je veux dire encore une dernière chose/ Je ne voulais pas te prendre tout ton précieux temps/ Je vais te le rendre un de ces jours/ Ha !Ha !Ha !/ J’ai dit : Je ne voulais pas te prendre tout ton précieux temps/ Je vais te le rendre un d ces jours/ Oh ouais/ Si je ne te revois pas en ce bas-monde alors, oh/ Je te verrai dans le prochain/ Et ne sois pas en retard/ Ne sois pas en retard/ Parce que je suis un enfant vaudou/ Dieu sait que je suis un enfant vaudou/ He ! Hey ! Hey !