Nzela: la force du reggae

En 1990, formé de neuf artistes, Nzela prend vie autour d’une multitude de compositions du chanteur Aimé Onouka, originaire du Congo-brazzaville. Le tempo de Nzela c’est le reggae, un reggae aux couleurs pigmentées et métissées de l’Afrique et de l’Europe.

 

Oloo Bwemba: Que veut dire Nzela ? 

Aimé Onouka: Nzela veut dire le chemin en lingala (langue parlée dans les deux Congo et dans une partie de l’Angola). C’est le chemin sur lequel on doit se rencontrer et celui qui doit nous mener vers un espoir, une lumière qui doit nous réunir. Le groupe est né d’une rencontre avec des amis, issus de plusieurs pays, amoureux du reggae. Nous voulions faire un reggae plus engagé et rappeler l’Afrique dans notre musique. Un reggae qui nous ressemble.

Qu’est-ce que ce reggae qui vous ressemble ? 

Le reggae, c’est tout simplement un contretemps. C’est un engagement, un sol sur lequel on doit se retrouver pour dire des choses que le peuple, les sans-droits ne peuvent dire. On est un peu les portes paroles des sans-voix. C’est une musique de conscientisation, d’éveil, où on doit essayer de s’améliorer de tendre vers quelque chose de positif. Pour moi, c’est ça le reggae.

En France, est-il possible pour un groupe comme le votre, avec un positionnement pro africain et des textes revendicatifs, d’émerger ? 

Je me suis un peu détaché de cette préoccupation. Les artistes ont l’obligation de dire et d’être en phase avec la vérité, dire ce qui est. On ne doit pas avoir le souci des compromis qui font du mal à notre travail.

« Dub Oyé », c’est un éloge au Dub ? 

Je suis un fou du Dub, j’ai toujours écouté ceux qui venaient de la Jamaïque. Au dernier album, je me suis dis, pourquoi ne pas faire son propre dub. « Oyé » ça veut dire « vive ! » , cela me rappelle les slogans des partis révolutionnaires dans certains pays africains, à l’époque de la décolonisation. C’est un petit clin d’œil au coté militant du Dub.

Qu’est-ce qui vous motive dans votre travail de création ? 

Notre principale motivation est de voir ce que l’Afrique est devenue et devient tout au long de ces années et voir quelle a été l’évolution de notre point de vue. Musicalement, est-ce que l’on arrive à développer cette idée particulière de reggae très marqué par l’identité africaine? Parvenons-nous à faire un reggae qui soit reconnu par tous ceux qui aiment le reggae, en accentuant le coté africain ?

Est-ce que vous entretenez des rapport avec le continent, votre musique y est-elle diffusée?

Nous étions invité au Caref, un festival à Douala, mais ils ont oublié des aspects importants pour que nous puissions venir à ce concert là. Ils pensaient que nous viendrons jouer gratuitement. Cette date au Cameroun a été annulé mais c’est un pays ou il y a beaucoup de personnes qui aiment notre musique, qui la diffuse. Nous avons été à la dernière édition du Festam à Brazaville, nous avons pu nous produire à la radio et à la télé. Au mois de juillet, nous y jouerons de nouveau. Beaucoup de gens veulent nous voir là bas en Afrique, mais c’est vrai que c’est un groupe fait de gens qui viennent de partout, c’est un mélange. Je ne peux pas sortir avec toutes ces personnes sans que toutes les conditions soient réunies.

 Pensez-vous que la mise en place de réseaux de diffusion pour le moins clairs entre l’Afrique et les artistes en Europe changerait la donne pour les artistes africains ? Économiquement parlant… 

Nous le savons pour la simple raison que chaque fois que nous partons là bas, nous voyons l’enthousiasme de ceux qui nous écoutent. Ils ont soif de musique et particulièrement du reggae, surtout en Afrique centrale. Le reggae est apprécié mais ils n’ont pas l’occasion d’en écouter comme en Afrique de l’ouest. Quand il y aura la possibilité de faire les choses de manière plus fluide, plus facile, ça changera tout et j’y crois.