Le Brakka de So Kalmery

Auteur, compositeur, So Kalmery est né en 1955 dans la région de Bukavu, proche du lac Kivu, en République du Congo (ex Zaïre). Il est le représentant d’un style musical, le  » Brakka », une musique qui puise sa source dans la tradition africaine tout en y intégrant les influences urbaines inhérentes à chaque époque.

 

Oloo Bwemba: So Kalmery qu’est ce qui fait le Brakka ?

So Kalmery: C’est une musique urbaine avec beaucoup d’éléments, qui s’inspire de toute l’Afrique et particulièrement de la région de la ceinture de cuivre : Congo, Zimbabwe, Afrique du sud et même jusqu’à l’Afrique de l’est. A l’époque, beaucoup de noirs quittaient leurs pays pour venir travailler dans les mines de cette région . Le soir à l’heure du repos, ils faisaient de la musique, tout le monde avait quelque chose à amener. On écoutait aussi la musique des États Unis, le Rag-time et le Be bop. Avec la guerre de 14/ 18, les noirs se sont rencontrés, les uns ont découvert l’Afrique, et les autres se sont rendus compte que d’autres africains avaient été contraint d’aller en Amérique. Ce sont toutes ces influences qui sont rentrées dans le Brakka. C’est la première musique urbaine de l’Afrique. C’est un tout. Danse, clash, musique, comme dans le Hip hop. C’est une musique de cohésion sociale. On en joue encore, bien que ces musiques n’aient pas été valorisé par les productions de l’époque. Il ne fallait pas une unité entre les africains et les noirs partis.

Que veut dire Brakka ?

L’essence de ce qu’on appelle le Brakka, je l’ai décortiqué pour comprendre et connaître notre histoire. Brakka ça veut dire: « l’esprit de dieu est infini ». C’est aussi à la fois le vrai Hip hop de l’Afrique. On va y retrouver l’essence de toutes nos danses et beaucoup d’éléments de la Capoeira aussi. Au niveau des voix, c’est très harmonique et cette influence est restée en Afrique du Sud et au sud du Congo.

Vous êtes un chanteur et un danseur, en Afrique au Congo notamment, on dit que ces formes d’expressions permettent de rentrer en relation avec Dieu ? Qu’en est-il de la spiritualité dans votre art ?

C’est une histoire de connexion. Le Brakka est une musique qui vient de très loin. Je suis né dedans, j’essaie de l’améliorer, de trouver des explications. La musique a une autre fonction. C’est pas seulement danser, c’est toute une éducation, c’est la science, c’est beaucoup de chose. Le Brakka associe les harmonies. Il faut garder l’harmonie dans le sens qu’une note n’est pas plus importante qu’une autre.

En quoi votre première expérience de voyage en Afrique a marqué l’homme, l’africain que vous êtes devenu ?

Ce premier voyage a été important pour comprendre qui nous sommes. C’est un enrichissement. Tout a été éparpillé, après la colonisation. Il fallait un visa pour aller voir ton oncle dans un autre pays! J’ai appris qu’on est semblable. On parle les mêmes langues sans le savoir. J’ai appris que résoudre les problèmes du continent passe par l’unité. J’ai appris beaucoup de choses pour comprendre pourquoi nous sommes divisés. Dans mon travail, j’intègre toutes les musiques qu’il y a en Afrique pour qu’il y ait une liaison. J’essaie de jouer dans les universités là bas. La recherche de l’harmonie, c’est le travail de tout le monde, pas seulement des politiciens, il faut discuter avec les jeunes africains.

Quel regard portez-vous sur la musique urbaine en Afrique aujourd’hui ?

Elle n’est pas valorisée. Ce qui est bien en Afrique, c’est la musique pour boire de la bière et danser. Les riches n’aident pas la culture, il n’ y a personne pour le faire. On nous a livré aux européens, on va dire à un artiste : « va voir un européen, s’il veut t’aider, il va faire ton disque ». Les jeunes pensent plutôt à la culture urbaine américaine, ce n’est pas ça que l’Afrique doit prendre. Ils veulent faire le rap comme les américains parce qu’ils leur manquent des grands pour leur montrer qui nous sommes.

Vous chantez en swahili, est-ce que cela vous a empêché de rencontrer un public plus large ?

La musique est un langage universel, la barrière de la langue est un faux problème. Ça devient un problème quand ton pays ne s’occupe pas de la culture. Tu es obligé d’aller te vendre ailleurs. Si tu es né en France et tu penses comme un français c’est normal, mais si tu es né en Afrique et tu dis « je vais chanter en français pour que je sois accepté », non ! Ça n’a pas de sens. Il faut faire selon le feeling, si la chanson vient en Français, en anglais ou dans ta langue.

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